L’Inde à moto

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L’Inde à moto, oui, le sujet a été traité à de multiples reprises. La plupart du temps pour y lire les mêmes constats, les mêmes invitations à la prudence et en conclusion une recommandation qui semble faire consensus : si vous le pouvez, éviter de rouler à moto. Rien que ça ! A défaut, fuyez les grandes traversées et contentez-vous de brefs trajets ; surtout, ne roulez pas la nuit. Ultime conseil : si deviez vraiment tenir à découvrir le pays à moto, optez pour telle ou telle société, leurs circuits sont bien préparés, les motos fiables, que vouloir de plus ? sécurité et authenticité.

Ces boîtes font sans doute très bien leur boulot, là n’est pas la question. Celle qui mérite d’être posée : est-il vraiment raisonnable de faire sienne cette idée qu’un motard  -  et sous le casque il y a un adulte responsable avec plus ou moins d’expérience  -  ne peut pas, n’est pas à même, ne devrait pas découvrir seul ce pays à moto ? Seul ou en couple ou avec un pote peu importe : sans escorte. Puisque c’est bien de cela dont il s’agit. Que cette aventure serait au-dessus de ses forces, de l’ordre de l’inaccessible… Combien sommes-nous à avoir, un jour, porté cette large étiquette autour de notre cou d’enfant ? une hôtesse à nos côtés, il est temps d’embarquer mon petit, suis-moi. Bonne nouvelle ! A ceux qui furent un jour UM est désormais proposée la formule UR, Unaccompanied Rider. Ah ! nostalgie, quand tu nous tiens…

L’Inde à moto

Allez, soyons fous ! Imaginons-nous un instant dans le peau de cet inconscient. Nous l’appellerons Martin.

A peine débarqué, il balance son UR dans la première poubelle, les bureaux de l’immigration passés il entrevoit deux bras et sur un carton son nom. Dessous, un homme, plus grand que ses congénères il parvient à se faire voir des arrivants, ils sont nombreux cette nuit-là à se donner du coude, entassés derrière la rambarde, les uns cherchant à remplir leur taxi, les autres à récupérer des touristes dont ils ne connaissent que le numéro de vol et le nom. Ça tombe bien, Martin n’aura pas à se dissimuler dans la foule, il lui suffit d’ignorer les regards. Mais que lui est-il passé par la tête ? Lui qui avait tout préparé durant des mois, la destination précise fonction de la météo, des paysages, de l’état de routes aussi, le choix de l’agence, de la moto, le circuit enfin, formule 8 jours/7 nuits, hôtels minimum 3 étoiles, 800 kilomètres, ça semble pas grand-chose mais vous verrez, ici, faut les faire, ces 800 bornes ! Il avait même payé, la totalité. Et le voilà dans un taxi pour le centre-ville, le chauffeur choisit pour lui, very good hotel, comme tous ses collègues dans le monde l’homme fait son job et touchera une commission ; Martin lui ne rêve que d’une chose : une douche chaude.

Etrangement, la question qui le taraudait la veille s’est tue. Comme s’il sait avoir fait le bon choix. Quant aux raisons qui lui dictèrent de tout plaquer, comme ça, d’un coup, aussi bref et violent que cet instant où la gomme cesse d’adhérer au bitume et se voit remplacée par le cuir salvateur qui glisse et protège, il n’en a aucune idée. Le ventre de Martin a parlé, voilà tout. Et pour une fois, il l’a écouté. Il a bien fait, il le sait. Il se sent bien, Martin sourit. Au programme de la matinée : trouver une bonne moto, négocier le prix de location s’il le faut, revenir à l’hôtel, boucler son sac et l’attacher fermement sur la selle passager, ne pas oublier la bouteille d’eau et ciao. Direction ? Le Nord. Son itinéraire, il le fera au jour le jour. Sa méthode ? Choisir une destination sur Google Maps, zoomer sur le parcours proposé, repérer les villages aux alentours, les petites routes, les détours, noter quelques noms sur un bout de papier, Martin se fixe une seule règle : fuir le bleu du chemin proposé et s’offrir une partie de ce blanc délaissé par les guides et les gens derrière eux.

Article publié en partenariat avec esprit-moto.ch.

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