La souveraineté du peuple : l’instance suprême en matière de définition des choix de civilisation

« Les grands problèmes de civilisation demeurent conçus comme des problèmes privés au lieu d’émerger à la conscience politique et au débat public. » Edgard Morin et Sami Naïr.
1.    Idée-force
La souveraineté du peuple, la démocratie pouvant elle seule potentiellement créer et renforcer les libertés individuelles et les droits politiques, ne doit pas être limitée à un pouvoir d’agir sur le court-terme, que ce soit de manière directe lors de choix librement exprimés par les citoyens ou par le biais de l’élection de ceux qui les feront en leur lieu et place, mais bel et bien constituer l’instance suprême en matière de définition des choix de civilisation.

Cette démocratie de l’éthique (Albert Jacquard) impose donc ses choix au politique.

2.    Comment l’appliquer ?
La rédaction démocratique d’une charte des grandes orientations en matière de politique de civilisation  sous forme de questionnaire ouvert est aujourd’hui rendue possible à l’échelle de planète, grâce aux outils de traitement de données et de communication à disposition des humains mais aussi aux nombreux réseaux associatifs à travers le monde qui peuvent alors jouer le rôle de relais d’information.

Tel n’était peut-être pas son but, mais il faut l’admettre désormais : la technologie, et notamment le Web, fournit aussi aux hommes un moyen de prendre en main leur destin. Depuis vingt ans, Internet crée de nouveaux modes d’expression, forums, blogs, sites Web, et peu à peu tisse la trame de ce que peut préfigurer une nouvelle forme de légitimité. Les humains conversent sur le Web, discutent, échangent leurs idées, leurs positions, mais se rendent-ils compte qu’ils ont entre leurs mains, à quelques centimètres de leurs doigts, les touches d’un clavier qui peut fédérer au lieu de disséminer ? Le Web enfante, du moins peut devenir parent, d’un mode d’expression dont la légitimité s’avère incontestable : celle du peuple, des humains réunis en une dynamique symbiotique.

Allons, faisons preuve d’un peu d’imagination ! Il existe aujourd’hui autant de chartes de civilisation que de peuples sur la terre. Un homme, un groupe, une élite, des penseurs, des intellectuels, des textes censés mais dépourvus de toute légitimité. Quelle société voulions-nous ? ne cessent-il de nous demander. Ce qui nous pose problème : ils pensent à notre place, aussi intelligentes et rationnelles fussent leurs propositions. La question suivante s’impose donc : est-il désormais possible d’écrire un texte de grandes orientations – ce que nous voulons que l’humanité devienne sur terre – non pas rédigé par une seule main, ou quelques dizaines triées sur le volet par une instance quelconque, mais des centaines, des milliers puis des millions ?

EST-CE POSSIBLE ?

OUI.

Il suffit, et je sais à quel point ce verbe est trompeur, de poser les bonnes questions et de donner la possibilité à l’humanité de répondre. Une question, quatre, cinq, six ou sept réponses possibles. Je le répète : poser les bonnes questions, sans que les réponses soient induites ou biaisées, sera sans doute le plus grand défi. Mais cela ne vaudrait-il pas la peine ?

Imaginons : le site est en ligne, le premier visiteur fait son apparition. Il s’inscrit, valide son identité, répond en toute intimité aux questions posées, comme l’on vote derrière un rideau, à l’abri de tous, et écrit sa vision de ce vers quoi l’humanité doit se diriger. SA charte. Et voici qu’arrive le second ! Il opte pour des réponses différentes, quoi de plus normal, sa trajectoire est autre, son présent différent, ses préoccupations particulières. Résultat : le texte final s’en voit modifié d’autant. Rien de compliqué ! Un outil statistique performant et de quoi contrôler l’identité de ceux qui se transforment au fil des questions en des rédacteurs d’un texte. Non pas seulement des citoyens face à la loi, à la constitution, des citoyens qui élisent des représentants qui, et on le voit mieux que jamais à la suite du fiasco de Copenhague, sont incapables de prendre des décisions désintéressées des enjeux nationaux (seraient-ils les derniers sur cette terre à penser en termes nationaux ?), mais des citoyens responsables, qui prennent en main leur destin et qui, parce que conscients qu’ils ont la possibilité désormais de constituer une couche de légitimité que nulle institution ne pourra contester, deviennent l’un après l’autre, l’un avec l’autre, des rédacteurs à part entière.
Puis viendra la dixième personne, qui remaniera à son tour le contenu de ce texte sans égal. Sera-t-il un adepte du toujours-plus-tout-de-suite et en faveur des armes nucléaires ? Soit, c’est un homme, ou une femme, et son droit le plus élémentaire : exprimer sa vision et que cette dernière soit strictement respectée.

Résultat d’un travail sans relâche de la société civile depuis des dizaines d’années : dans les pays où l’accès à Internet est limité, des associations locales joueront le rôle d’intermédiaire, de manière scrupuleuse et contrôlée. Qui mieux qu’elles pourraient le faire ?

Suis-je en train de délirer ou de simplement prendre acte que pour la première fois, les humains ont la possibilité de s’exprimer clairement sur des choix de société. Des choix essentiels.

J’aime à croire que nous ne laisserons pas passer cette opportunité. Demain, serons-nous cent rédacteurs, mille, cent mille, et plus encore ? Si oui, quel dirigeant pourra alors faire fi de ce mouvement démocratique sans précédent ? Nulle déclaration, nulle constitution ne pourra revendiquer pareille légitimité.

La responsabilité de rédiger collectivement et démocratiquement cette charte mondiale de civilisation incombe à tous les citoyens et ne peut se reposer sur les politiques. Elle est le fruit de la responsabilisation collective quant à l’unicité apparente de la vie humaine, en tant qu’accession à la conscience de l’être, et mise en pratique désormais envisageable de l’adage de Gandhi : les peuples doivent se nourrir de la conviction qu’ils ont la possibilité de contrôler l’exercice de l’autorité et de la tenir en respect. Plus le nombre de coauteurs sera grand à travers le monde, plus la légitimité de ce document sera incontestable ; la démocratie directe ne souffre d’aucun biais.

Son objectif sera atteint et la démocratie de l’éthique en passe de devenir vivante quand chaque décision politique annoncée pour optimiser l’avenir immédiat sera pesée par une autorité légitime à même d’en vérifier la pertinence et l’adéquation avec les grandes orientations en matière de politique de civilisation telles que mondialement rédigées, soutenues et défendues. Ses instances en devenir agiront au niveau local, régional, national et supranational.

Tout un programme… à notre portée.

Le savez-vous ? De plus en plus de chrétiens quittent le monde musulman…

Hichem. 23 ans. Lieu de résidence : Bethléem. Pour combien de temps encore ? Quelques heures. Quand je regarde mon père, quand j’observe ma mère, je les admire tout comme je les plains. Courage ou vie sacrifiée, je n’en sais rien. Je n’ai pas la réponse. Il y a du vrai dans l’un et dans l’autre. Connaissent-ils le bonheur ? Parfois, comme vous et moi. Etre heureux, c’est l’être un instant, et c’est déjà ça. Je suis de ceux qui pensent que l’on peut vivre des moments merveilleux dans un milieu hostile, dangereux, sans issue. Le condamné à mort, avant de passer à trépas, ne vit-il pas, lui aussi, son instant d’éternité, le rappel de ce sourire, celui de sa fille ou de sa femme, le souvenir d’une maisonnée radieuse où le futur existait et pouvait être rêvé ? Quant à croire que mes parents résident dans une ville qui leur permet d’imaginer une vie paisible, des lendemains plus heureux, ce serait vous mentir que de l’affirmer. Ils vivent dans un non lieu. Dans le passé. Et ce passé, paradoxalement, constitue leur unique raison de croire en l’avenir et de trouver la force, alors que le muezzin appelle les femmes et les hommes au recueillement, prière du matin, de se lever, de se laver, de se sourire, de saluer les voisins, bref, de faire semblant.
Moi, je suis trop jeune. 23 ans. Encore sur un pied sur le starting block, l’autre en l’air, bien en avant, décidé à fouler le socle de mon existence. L’enclencher. La faire démarrer. Go ! Un pas puis un second, qui me mènera loin de ma ville, de mon pays, de mon continent, qui déroulera devant moi et les monuments des plus grandes cités, et leurs universités, et leurs cafés, et la beauté de ces femmes que l’on peut fréquenter sans obligatoirement signer un accord pour la vie. Imaginez, à l’ère du Web, du tout accessible en un clic, comment me contraindre à passer ma vie à Bethléem ? Mais que disent Marc et Artur, mes acolytes que je ne connais pas mais que j’imagine volontiers, nés et perdus dans un village de la Drôme ou du Gros de Vaud ? Il est vrai… qu’ils ont la paix. Eux. Et que les arbres qui peuplent leurs forêts ne sont pas labourés par des bulldozers. Qu’à la différence de mes oliviers, ils naissent, poussent et croissent en toute liberté.
J’ai oublié de vous dire une chose. Je suis chrétien. Ceux qui penseront instinctivement Eh alors ? auront raison : cet attribut accessoire, un petit rien qui ne mériterait même pas d’être signalé. Chrétien, musulman ou juif, qu’en a-t-on à faire finalement ? Affaire privée, non ? A un détail près : je suis conscient que mon départ de Cisjordanie sera interprété et qu’il sera utilisé. Pas ma trajectoire personnelle, non ! tout le monde s’en fiche, mais assurément je deviendrai un chiffre, un parmi d’autres mais dont le tout ne peut être considéré comme anodin. Je rejoindrai les statistiques de ce groupe distinct, les chrétiens qui quittent le monde arabe et musulman. J’accentuerai la pente d’un graphique qui se prête à mille interprétations. Et que diront-ils de moi, les statisticiens ? Eux, rien. Mais les politiques, les journalistes, que feront-ils dire à mon départ ? Il se peut en effet que l’on dise de moi que je suis un chrétien de plus qui s’en va au loin rejoindre ses frères de foi, qui laisse aux musulmans ce pays dans lequel il ne se sent plus en confiance, plus en harmonie, plus chez lui. Auront-ils raison ? Pour partie, oui. Je l’admets volontiers, il n’est pas aisé d’être chrétien en Cisjordanie. Comment l’exprimer ? Tiens, cette photographie, elle en dira plus que mes écrits. Ma mère. Années 70. Institutrice. Tailleur sombre, léger décolleté, rien de bien affolant il est vrai, mais décolleté tout de même. Une jupe aussi, juste en-dessous des genoux. Quarante ans plus tard, ma mère a vieilli, c’est vrai, mais peu importe : elle sort voilée. S’est-elle radicalisée ? Est-elle devenue une fière supportrice du Hamas, une ardente défenderesse de l’empiétement du religieux sur le politique et le civil ? En rien. Elle s’oblige tout simplement, elle subit, elle supporte sans l’admettre une traditionalisation rampante que seuls, dit-elle, l’amour et la fraternité sauront sublimer. Parfois, je me dis que si elle avait été chrétienne, cela n’aurait rien changé. Elle se serait voilée. Et puis je ne peux m’empêcher de me rappeler que ma mère et mon père se sont unis alors que leur religion les distinguait, et pourrait aujourd’hui plus encore, les séparer. Et moi, si j’avais été musulman, si j’avais opté pour la confession de ma mère, m’en irais-je ? Aurais-je pris ce billet d’avion pour Londres et ses prestigieuses universités ? A moins que ne me soit uniquement réservés ces pubs et restaurants au fond desquels turbinent mille citoyens de seconde zone, ces Pakistanais, ces Indiens, ces Bangladeshis, cet Arabe que je suis ? Ou ai-je décidé de quitter ma terre uniquement parce que je suis chrétien et que vivre en territoire islamisant m’est insupportable ?
Je ne puis le nier, il y a quelque chose qui me lie à vous, femmes et hommes de l’occident. La foi ? Qu’en sais-je finalement ? Une envie de liberté, peut-être… De pouvoir vivre, souffler, pleurer et crier à mon gré. Alors je vous le demande, messieurs les interprètes de ces chiffres qui se lisent sur des courbes, qu’est-ce qui me distingue de mon voisin musulman ? Hassan. C’est son prénom. Abu Zayyad. Son nom de famille. Son âge ? Le mien. Sa coupe de cheveux ? Made in Manchester. Ses envies ? Vivre son âge, faire ses expériences, aimer, haïr, penser un peu et baiser beaucoup. Son rêve ? Me suivre. A tout prix. Fût-ce dans les soutes du MD11 qui m’envolera vers l’Angleterre. Mais Hassan ne partira pas. Parfois je me demande si son impossibilité de rejoindre l’Europe n’est pas simplement liée à son absence d’inscription dans une de ces courbes sacrées. En tant que musulman, il ne viendra pas nourrir les chiffres des chrétiens qui quittent le Moyen-Orient pour rejoindre l’occident. Il n’en a pas les papiers, ce n’est pas plus con que ça. Fils de déplacé à la suite de la guerre du Kippour, il attend comme mille autres de ses compatriotes que l’Etat israélien veuille bien lui remettre un papier d’identité. En attendant : Keep cool and shut up !
Je m’en irai sans lui. Mais je vous le dis, messieurs les faiseurs de fausses histoires, les conteurs d’une parodie d’Histoire qui oublie de considérer que les flux migratoires ne sont pas uniquement constitués de trajectoires individuelles, je m’en vais de Palestine parce que je ne peux plus y respirer. Parce que j’y crève à petit feu. Parce que je refuse que ma jeunesse soit sacrifiée au nom d’enjeux qui me sont étrangers. Quelle différence y a-t-il entre Hassan et moi ? Ou entre un Irakien chrétien qui par tous les moyens tente de fuir son pays et un Irakien musulman qui contacte ses cousins établis aux USA ou au Canada pour leur demander de l’aide, un visa, un boulot, une garantie, une porte de sortie ? Pourquoi aujourd’hui, et cette mention temporelle n’est pas anodine, pourquoi aujourd’hui les médias enquêtent-ils sur la fuite des chrétiens des pays arabes et musulmans ? Pourquoi distinguer ? Pourquoi une fois encore séparer, cliver, à droite les chrétiens, à gauche les musulmans ? N’est-il pas urgent au contraire de rassembler. D’entendre et prononcer ces simples mots : nous pouvons vivre ensemble.
Amman. Mes pas glissent sur le tarmac brûlant. Le triréacteur me fait front, il me nargue et me séduit, je sais que le bruit sourd de sa poussée m’emmènera vers des contrées qui me permettront de prendre un peu de distance. Avec moi. Ma famille. Mon pays. Ce tout que je quitte aujourd’hui.

Croisière. 43’000 pieds. C’est beau. Blanc et bleu. Magazine de bord, brèves quelconques, je tourne les pages. Un article retient mon attention : les femmes libanaises, y lit-on, sont les femmes qui au monde ont le plus recours à la chirurgie esthétique. C’est marrant, comme l’occident parfois tisse des liens. Regardez, nous dit-on sans l’exprimer, elles nous ressemblent, les femmes arabes, elles ne veulent plus vieillir. Et Hassan alors ? Certes, il ne souhaite pas faire de son nez arabe le modèle d’un appendice conforme aux normes européennes, mais est-ce une raison suffisante pour ne pas faire part de ce qui le rapproche de l’occident ? Pourquoi en certaines occasions seulement le regard admet-il ce qui nous rassemble, et je vous laisse juge de la prégnance du cas, et pourquoi de manière générale se focalise-t-il sur ce qui nous sépare ?

Quand sera-t-il possible de lire que musulmans ou chrétiens, nous ne souhaitons que quitter le sang pour nous aussi avoir l’opportunité de vivre notre vie. Que dis-je ? quelle prétention ! Imaginer la vivre, entrevoir cette île, la possibilité d’une île, même si je crains que l’auteur de ces mots ne soit guère de mon avis.

Le savez-vous ? De plus en plus de chrétiens quittent le monde musulman.

Je crois lire les titres de la presse du lendemain…

Liberté d’expression… et ses contraintes

Question sensible… et qui heurte a priori nos fondamentaux. Qui aujourd’hui remettrait en question cette liberté que tant de gens à travers le monde nous envie ? Sait-on encore la chance que nous avons de nous exprimer librement, de déclarer nos opinions sans craindre d’être muselé ou emprisonné ? Question de nantis donc ? De quelques privilégiés dont je fais partie qui par aveuglement, ou absence de conscience politique, oseraient mettre le doigt sur un point qui pourtant pose problème, comme l’on dit communément ?
Remettre en question, non, mais s’interroger. Et la liberté d’expression m’autorise ce travail d’introspection.
Mon propos : la collusion périlleuse entre d’une part le populisme qui se sert, et mieux que quiconque sans doute, d’un système démocratique établi dans lequel la liberté d’expression est affirmée et considérée comme un espace dont le champ n’est qu’en de très rares exceptions défini, et d’autre part la dépolitisation grandissante des citoyens, cette dernière étant également le produit d’une démocratie plus entendue et vécue au quotidien comme un espace de libertés individuelles que comme une véritable cité au sein de laquelle des choix doivent être pris de manière consensuelle.
Que retenons-nous au quotidien de la démocratie ? Comment la vivons-nous ? Certes, il existe les élections, la représentation, dans de rares pays dont la Suisse fait partie, l’expression directe de ses choix et ainsi la possibilité donnée au citoyen de « gouverner » sans l’intermédiaire représentatif. Toutefois, au fil de la journée, la démocratie n’est-elle pas bien plus la possibilité de pouvoir boire un verre accompagné d’une femme à une terrasse, prier ou refuser de se marquer du signe de la croix ou encore de se rendre dans une mosquée pour communiquer avec le Sacré, s’habiller en noir ou en jaune, vêtu d’un short ou d’un manteau gothique ? Eternel débat entre la liberté des anciens – les libertés politiques, et la liberté des modernes – les libertés individuelles. Toutefois, il convient de relever deux points :
  • Les libertés individuelles ne seraient pas ce qu’elles sont aujourd’hui si les libertés politiques, et donc la démocratie en tant que régime les ayant rendues possibles par le débat public, n’existaient pas ;
  • L’essor des libertés individuelles, rendues possibles par l’existence d’un cadre dans lequel règne un certain nombre de libertés politiques, s’est fait au détriment de l’intérêt pour ces dernières, d’où une situation paradoxale : nous sommes désormais plus attachés aux conséquences de la démocratie – les libertés individuelles – qu’aux conditions les rendant possibles.
Qu’il est facile pour le démagogue de s’approprier ce terrain ! Imaginez ! face à lui, des femmes et des hommes qui, du fait d’une jouissance sans précédent des libertés individuelles et d’un environnement dans lequel citoyen et consommateur se confondent aisément, se sont peu à peu désintéressés de la chose publique. Des fondements mêmes de ce qui rend l’existence de ces libertés adorées possible ! Du pain béni. Ils ne veulent plus réfléchir, trouvons-leur des solutions dignes de leur degré de préoccupation. Et quelles sont-elles, ces solutions, quand la complexité est éludée, quand les raccourcis supplantent le raisonnement ? Sur quoi se fondent-elles ? La crainte et nos instincts premiers, a fortiori celui de la préservation.
Tel le ver dans le fruit, le populisme grignote puis ravage, pour finalement prendre possession d’un environnement creux dans lequel il règne en maître.
Le récent référendum en Suisse sur la question des minarets en est une démonstration probante. Et dangereuse. Si nous avions eu une conscience politique plus mûre, le populisme aurait-il une seule chance de scinder le débat en d’absurdes questions de choix ? Oui ou non aux minarets ? De faire grandir en nous la marque de l’altérité pour ne faire de celle-ci que l’unique prisme à travers lequel nous regardons l’autre ? Faire du musulman l’étranger dont on se méfie parce qu’on ne le connaît pas, l’objet de méfiance, de crainte, et qui par ce malheureux abus de nos facultés de préhension des enjeux sociétaux se voit privé, officiellement en Suisse mais dans l’intimité de chacun sur un périmètre bien plus large, d’un des attributs de ce qui est pour lieu un lieu de culte ?
Assurément non. Nous nous serions demandé : que sont les musulmans ? Des femmes et des hommes. Qui partagent une autre foi que celle des chrétiens, des juifs, des hindous ou des bouddhistes. Allons à leur rencontre, parlons-leur, apprenons-les, donnons-leur envie de venir à nous. Parlons-leur de nos préoccupations, de ce que l’islam voit aussi naître en son sein, de ces différents groupements qui heurtent l’attachement que nous avons aux libertés individuelles. Osons leur dire que l’islam constitue également aujourd’hui un terreau favorable à une forme de radicalisation. Et voyons ensemble comment lutter contre cette dérive qui entache et l’islam et les relations entre l’occident et le monde musulman.
Au lieu de cela, nous avons voté… Nous avons donné le champ libre à celles et ceux qui abusent de notre immaturité politique.
Nous nous sommes prononcés sur un vol de la pensée.
Liberté d’expression… et ses contraintes… Devrons-nous par conséquent encadrer les questions qui peuvent être soumises au peuple, en référence notamment à des principes unanimement admis? Contraindre la liberté d’expression, et ce dans le but que les usurpateurs de la pensée soient à leur tour muselés ? A mon sens, la question mérite d’être posée.

Mais faites-le taire ! ce faux prophète - extrait

Telle fut ma réaction lorsque je lus pour la première fois ce plaidoyer. Je m’en souviens parfaitement, c’était il y a… Peu importe ! j’étais assis côté hublot, au-devant l’aile gauche, l’arrondi du réacteur avalait sans peine l’air qui se raréfiait. Nous avions atteint notre altitude de croisière, j’entrevoyais les îles anglo-normandes au loin, bientôt les Cornouailles et le bleu infini de l’Atlantique. Sept heures de vol nous séparaient de New York, autant d’instants pendant lesquels j’étais improductif, de minutes à tuer.
Mon petit voisin de droite, lui, ne semblait pas s’en soucier, de ce temps que je croyais perdu. Il me faisait marrer, avec sa pancarte UM mal dissimulée entre ses cuisses. Tu te prends pour un grand, hein ? eus-je envie de lui dire, question de le taquiner. Je renonçai, il était calme et se concentrait sur les consignes de bord ; surtout ne pas le distraire. Qu’est-ce que tu lis ? me demanda-t-il soudain. Il insista : tu lis quoi ? Le rêve d’un idéaliste, déclarai-je. Contre toute attente, ce gamin me dit que son père l’était également. Un idéaliste pragmatique, précisa-t-il. Je n’en revenais pas, on n’arrête pas le progrès ! Moi, à son âge, onze ans ? je connaissais par cœur les différents modèles de Porsche ou Ferrari, mais quant à…
Le constat ? on ne peut plus clair, enchaîna-t-il, tout en remontant de son index une paire de lunettes trop volumineuse pour son nez : ce début de XXIe siècle était de plus en plus instable… Etait ? coupai-je. Laisse-moi terminer ! ordonna-t-il d’une voix faussement autoritaire, tu comprendras à l’atterrissage. Prends les guerres et les conflits, poursuit-il, ils étaient multiples et chroniques ; les tensions relatives au marché du pétrole se faisaient de plus en plus pressantes ; les émeutes n’étaient que le miroir du désespoir ou de la faim ; la crise économique et financière de 2008 rien en regard de celles que nous allions connaître, issues de désordres écologiques que l’on ne pouvait plus nier. Inutile de se voiler la face, les travaux prospectifs convergeaient : ce constat ne pouvait mener qu’à un conflit généralisé. Même en Occident ! Nous n’avons pas connu la guerre, tous deux, n’est-ce pas ? s’enquit-il sans attendre de réponse de ma part. Des générations anesthésiées par près d’un siècle de paix, et tu te rends compte ! tout d’un coup, la guerre paraissait possible. Elle ne concernait plus seulement les autres.

Je me rappelle m’être frotté les yeux très fort, avoir glissé mes deux majeurs au fond de mes oreilles et les avoir secoués comme si je voulais en extraire tout le coton du Mali. Ne t’inquiète pas, lâcha-t-il, la main gauche posée sur mon épaule : un demi-siècle nous sépare, toi et moi, rien de plus. Donne-moi un peu de temps, et tu comprendras que ce diagnostic était évident. Les éléments sur lesquels il s’appuie ? En premier lieu, la croissance démographique. Neuf milliards ! Que ça plaise ou non, c’était une prévision raisonnable, et qui s’avéra exacte. Deuxièmement, l’accroissement des phénomènes migratoires. Ton siècle a connu de nombreuses vagues de migrations, notamment agricoles, au Nord comme au Sud, et les conséquences que l’on connaît en termes de paupérisation. A celles-ci s’ajouteraient les migrations liées à la dégradation des conditions environnementales du fait de la part déjà engagée du réchauffement climatique – acidification, montée des eaux, ça te dit quelque chose tout ça ? – et de la surexploitation des ressources. Pense à la destruction des forêts, à l’érosion des sols. Phénomènes migratoires planétaires, oui, mais pas seulement : ces flux allaient aussi être internes, ou frontaliers, et je te laisse imaginer tous les désordres que ça pouvait impliquer. Tu m’écoutes ? me demanda-t-il d’un ton paternel. C’en était trop, j’éclatai de rire. Quelle était cette farce ? Caméra cachée ? Le dîner de cons ? Ils sont tous de la partie ? Ceux-là, assis dans la rangée centrale ? Les stewards, les hôtesses, les pilotes même ? Que me veut-on ? J’ai payé mon billet…

Question pour un champion, lâcha-t-il : comment le prendraient nos voisins suisses si cinq millions d’entre nous débarquions dans leurs montagnes, question de pomper l’eau qu’ils ont la chance d’avoir en leur sol ? Hein ? Neutres, ces Helvètes, mais bien armés en cas d’invasion… Les hommes étaient bel et bien face à des ressources non renouvelables. Tu es seul dans le désert, tu as une bouteille d’eau, contenance : deux litres ; tu as beau faire ce que tu veux, tu n’en auras jamais cinquante ! Pareil pour les énergies fossiles, le pétrole ou le charbon, mais aussi les minerais. Mais plus grave encore, les hommes étaient également confrontés à l’épuisement des ressources renouvelables, totalement surexploitées. Nous parlions de l’eau à l’instant, mais pense à la biodiversité dans son ensemble. Non ! déclara le petit homme en se caressant calmement le front, c’est indéniable : le lien entre guerre et accès aux ressources était désormais évident. Si l’on regarde la carte des conflits telle qu’elle était à l’époque, pour les deux-tiers, ils avaient avant tout pour enjeu l’accès aux ressources. Dissimulés sous les noms de conflits ethniques, religieux, idéologiques, bla-bla-bla… tout ce que tu voudras ! Allez, fais un effort ! m’encouragea-t-il, donne-moi deux exemples. Dans le mille ! le pétrole en Irak, et les terres les moins arides au Darfour. Enfin et non des moindres, les conséquences négatives du réchauffement climatique – déjà en marche, que les hommes en eussent été conscients ou pas –, pesaient de tout leur poids sur le maintien de conditions de vie planétaires favorables aux humains, à nous ! mais aussi aux organismes vivants avec lesquels nous interagissons.

Voilà pourquoi le deuxième tiers du XXIe siècle fut marqué par un fait sans précédent : maintenir la paix prit une valeur et un sens nouveau. Stop, stop ! imposai-je. T’es qui toi ? Tu me racontes quoi ? On est en 2009 ; deuxième tiers du XXIe siècle, c’est demain. Après demain.

Texte complet.

Suisse malgré elle…

Fustigée. Critiquée. Montrée du doigt. L’exemple à ne pas suivre. Honteuse. Belliqueuse. Compromise, comme elle le fut voici soixante ans, alors que l’or juif remplissait allégrement les coffres de celles qui furent récemment renflouées par l’Etat, bien que la compromission revête désormais un visage radicalement différent. Il n’est plus question de silence, d’accord tacite, de mieux vaudrait pas, mais d’une expression sans concession : celle du peuple.
Le peuple suisse a dit oui. Oui à la négation. De la tolérance, du respect, du droit pour les musulmans de prier dans un lieu qui leur ressemble et quitter enfin les sous-sols pour voir signifier leur foi dans ce que certains ont assimilé à des missiles. Le peuple a été floué. Peut-être. Peut-être pas. Tel n’est pas mon propos ce soir.
Lequel alors ? Fustigée, critiquée, montrée du doigt, l’exemple à ne pas suivre, honteuse. Telles furent les premières observations des politiques sur l’ensemble du territoire européen. Quant aux autres, notamment ceux du monde musulman, remarquons tant la juste fermeté que la mesure de leur propos. Mais qu’ont-ils dit, nos dirigeants à nous ? Vous le savez tout autant que moi, et la Suisse, comprenez ses représentants, tente aujourd’hui par mille moyens improbables de réparer, de contextualiser, de relativiser, d’expliquer, de se faire pardonner.
Demain, ceux qui fustigent, critiquent, vocifèrent et montrent du doigt pèseront leurs mots, modèreront leur jugement, bref, suivront cette foutue opinion. La Suisse bouc émissaire, pensez ! quelques jours encore, quelques semaines, et toutes et tous seront contraints d’aborder d’une manière ou d’une autre le problème que les citoyens Suisses durent affronter dans l’isoloir. Pour une raison simple, et il semblerait sain de l’admettre : Hutington n’a sans doute pas raison, mais putain ce que ses mots sont prégnants. Ils y croient, non pas seulement les Suisses, mais également les Français, les Allemands, les Anglais, les Belges, les Ce-que-vous-voulez, à ce maudit choc des civilisations ! L’islam est nocif ! Expansionniste ! Aux oubliettes cette laïcité dont nous ne cessons de nous réclamer : nos fêtes sont chrétiennes, nos repères le sont, la croix est omniprésente, le Père Noël viendra dans sa 2CV décorer ces arbres que nous ne savons que couper et jeter, mêmes les vaches sont chrétiennes, bruyantes et fières comme les clochers arrogants des villages alpins.
Ici, on ne dit pas ; on vote.
Suisse malgré elle.
Peut-on décemment reprocher à la Suisse sa démocratie directe ? Que dire alors du vote représentatif, qui a pour but ultime de mettre au pouvoir des femmes et des hommes qui se voient contraints de centrer leurs programmes  sur l’incongruité du court-terme, exigée par les impératifs de l’élection, alors que le monde n’a besoin que d’une chose : son strict opposé, le long-terme, l’impératif de donner sens à notre commune existence. Le peuple serait-il plus à même de voter « intelligemment » lorsque des représentants doivent être élus que lorsque l’opportunité lui est donnée de s’exprimer directement sur la légalité de l’exportation d’armes, sur la réforme de l’assurance invalidité ou encore, au niveau local, sur l’adéquation d’un plan d’urbanisme proposé par une municipalité ? Faux débat.
Pourtant, la démocratie directe se voit aujourd’hui confrontée à une limite qu’elle n’avait elle-même pas imaginée : le cynisme. De ceux qui simplifient à outrance, stigmatisent au lieu de rassembler, le tout dans un but inavoué : diffuser leur crainte et leur haine de l’étranger par une subtile manipulation de la population. UDF, UDC, les livres d’Histoires sauront vous citer.
Suisse prisonnière. Suisse qui deviendra modèle. Pour le pire. Vous autres politiques Européens (ceux qui resteront fidèles à eux-mêmes se reconnaîtront) qui vous êtes érigés en défenseurs des droits fondamentaux, de valeurs telles que le respect, l’accueil, la multi culturalité, demain, puisque vous êtes au pouvoir, vous vous alignerez. Vous vous réunirez, constaterez que les sondages sont contre vous, que les Suisses ne sont pas les seuls moutons noirs et, triste vérité, qu’une majorité des Européens considère que les mosquées n’ont pas à être érigées en terre d’Europe, fussent-elles muettes, et alors, aurez-vous vraiment le choix ? De dire non ? Je vous le souhaite. Toutefois, je vous imagine plutôt plier face à cette opinion fabriquée qui n’a pour consistance que votre prétention à diriger ceux que vous entendez représenter.
Vous aurez tort. Bien sûr. Comme les Suisse se sont laissés berner. Vous seuls toutefois en serez responsables. A vous d’assumer ! Puisque vous remettez en question un volet de la démocratie , celle que l’on dit semi-directe, alors par ailleurs que vous la prêchez au monde, cette démocratie, fût-ce à l’aide du sifflement des balles. Votre refus insensé de comprendre que le monde a changé, que le Métissage est, qu’il sera et que lui seul nous évitera les conflits que nous avions pourtant jurés de ne jamais répétés.
Court-terme… de votre pensée. Long-terme… de la conflictualité.

Minarets vus du lendemain

2059. Septembre.
Je m’appelle Ahmed. J’ai 28ans. Je suis Egyptien. Par ma mère. Mon père, lui, était Jordanien, mais je ne l’ai pas connu. J’ai bien tenté, à une reprise, de me rendre à Amman, afin de le retrouver. Vous le connaissez ? Ce nom vous dit quelque chose ? Les réponses furent les mêmes et n’eurent qu’un seul effet : l’errance dans les rues de la capitale jordanienne. 
Pour la première fois, je suis en Suisse. Pour mon travail. C’est beau. C’est vert. C’’est… riche. Oui. Je n’entends pas par-là que les citoyens de ce pays sont fortunés, mais que la nature est généreuse à leur égard. Et que ces femmes et ces hommes on su en tirer profit, sans toutefois la dominer au point de l’asservir. L’eau, les pâturages, le passé, l’héritage, les savoirs scientifiques et technologiques, bref, l’idée d’une civilisation qui a su grandir au fil du temps, se créer un paradis là où certains auraient cru que seuls les vaches avaient de quoi s’épanouir. 
Samedi. Congé. Comme dans mon pays. CFF. J’achète un demi-tarif, il paraît que ça vaut la peine. Si on veut voyager. Ça tombe bien, je ne commence mon emploi que mercredi. La Suisse est un petit pays, quatre jours se présentent à moi pour découvrir l’ouest et le reste, les francophones et les germanophones, le plateau et le Jura, les Alpes, les glaciers, les villes et les campagnes, et peut-être, avant de rejoindre Genève mardi soir, le Tessin et son parfum latin.
Tickets en poche, le wagon à double étage longe le Léman. J’y vois cent voiliers naviguer au gré de la bise, ce vent étrange qui souffle du nord-est et qui annonce, m’a-t-on dit, le bleu du ciel et les gants de laine. Nyon, Morges, Lausanne. Ma première halte. Je gravis le Petit-Chêne, quelle ville ! quelle dénivellation digne des pistes les plus noires, parcours la place Saint-François, foule de mes pas anodins les ruelles piétonnes, bois un café à une terrasse chauffée au Vert, apprends mes premiers mots de français, bonjour et merci, c’est déjà ça.
Puis Berne, La Fédérale, son centre de gris-vert vêtu, l’absence de quatre roues, sa jeunesse, son musée Einstein, enfin je comprends un peu mieux ce que veut dire cette foutue relativité.
Zürich. Il paraît que dans le passé, il y a près de quatre-vingt ans, une tentative unique y fut menée : réserver à celles et ceux qui se droguaient un espace donné, un lieu où ils pouvaient en toute dignité s’adonner à celle qu’ils ne savaient refuser. La brune. Ce fut un désastre, m’apprend un homme âgé. Je me dis toutefois que cette terre doit être synonyme de tolérance pour tenter pareille expérience. 
Je laisse finalement tomber le Tessin pour me prélasser volontiers dans les allées du musée des transports de Lucerne. Boeing 707. Un vrai. Avec ses quatre réacteurs, fiers et arrogants, ils me paraissent encore fumer d’une envie toute transatlantique.
Il est temps pour moi de rejoindre Genève. Je n’aurais pas vu la Jungfrau, ni le Cervin, mais peu importe, je vis dans ce pays désormais. J’ai tout mon temps. Les kilomètres s’enchaînent, les prés suivent les villages et les villages annoncent les prés, tout comme les clochers me rappellent sans cesse que je suis en terre chrétienne. Soudain, je réalise que je n’ai vu aucun minaret. Ai-je remarqué une mosquée ? Il doit y en avoir pourtant, je ne saurais remettre en doute le caractère œcuménique de ce pays. De mon pays. De ce deuxième pays qui est désormais mien. Ne me dites pas que les mosquées ne sont ici que de sinistres salles de gymnastique, que les gens de ma confession n’ont pour lieu de culte que des hangars ou des appartements privés ? Qu’est-ce qu’une église sans clocher ? Une synagogue sans Yahvé ou un temple bouddhiste sans Stupa ?
Je consulte le Web : plus de cinq cents mosquées sont recensées en Suisse. Quatre minarets. Pour le voyageur que je suis, aucun. 
Je repense à ma ville. Le Caire. Mais à Amman aussi, Jérusalem, Damas, Istanbul, combien de villes du monde arabe et musulman au sein desquelles les églises et leurs clochers reposent en paix ? Que s’est-il passé, dans ce pays qu’est la Suisse, là où je viens m’établir ? A quelques exceptions près, mais faut-il les prendre pour modèle ou au contraire ignorer leur aveuglement pour les inciter à l’ouverture, je ne connais pas de pays musulmans où des églises n’ont pu être édifiées.
Il est vrai que l’on m’a conté un temps où l’Islam accouchait malgré lui d’un enfant mal-aimé, par les musulmans plus que tout autres, un temps où l’Islam prenait un isme malheureux, confusion absurde mais toutefois vécue par celles et ceux qui se sentaient menacés. Pour autant, ne me dites pas que vous, les Suisses, les pacifistes, les négociateurs, les intégrateurs nés, avez interdit la construction de minarets ? 
2059. Je ne puis chasser au loin ces pensées qui m’assaillent. Je ferme les yeux, visualise les centres urbains des capitales arabes et musulmanes, rien n’y fait : les églises sont présentes. Immuables. Témoins d’une foi que je ne vis pas mais dans laquelle je me retrouve partiellement. Je ferme les yeux, visualise les centres urbains de ces villes parcourues pour la première fois, je n’y puis rien : les mosquées sont absentes. Fragiles. Altérables. Témoins d’une foi qui se voit contrainte à l’anonymat. 
Suis-je le bienvenu ?