De la démocratie…

Un peuple démocratique n’est pas seulement porté par ses goûts à centraliser le pouvoir ; les passions de tous ceux qui le conduisent le poussent sans cesse. On peut aisément prévoir que presque tous les citoyens ambitieux et capables que renferme un pays démocratique travailleront sans relâche à étendre les attributions du pouvoir social, parce que tous espèrent le diriger un jour. C’est perdre son temps que de vouloir prouver à ceux-là que l’extrême centralisation peut être nuisible à l’État, puisqu’ils centralisent pour eux-mêmes. Parmi les hommes publics des démocraties, il n’y a guère que des gens très désintéressés ou très médiocres qui veuillent décentraliser le pouvoir. Les uns sont rares et les autres impuissants.

Alexis de Tocqueville, 1840, De la démocratie en Amérique, Livre II, p. 404.

Il y a 170 ans écrivait…

Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s’ensuit pas assurément que les peuples doivent mépriser la paix publique ; mais il ne faut pas qu’elle leur suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l’ordre est déjà esclave au fond du cœur ; elle est esclave de son bien-être, et l’homme qui doit l’enchaîner peut paraître.

Alexis de Tocqueville, 1840, extrait, De la Démocratie en Amérique, Livre II.

Günther Anders, pensée…

La guerre par télé-meurtre qui vient sera la guerre la plus dénuée de haine qui ait jamais existé dans l’histoire. […] cette absence de haine sera l’absence de haine la plus inhumaine qui ait jamais existé; absence de haine et absence de scrupule ne feront plus qu’un.

Günther Anders, « L’homme sur le pont. Journal d’Hiroshima et de Nagasaki », in Hiroshima est partout, Seuil, 2008, p. 202.
 
Encore un mot: l’armée américaine (elle est la première, et c’est en cela uniquement qu’elle se distingue, les autres suivront) forme désormais plus de « techniciens » à même de piloter des drones que de pilotes d’avion de chasse. Décoller, naviguer, larguer, buter et atterrir, le tout depuis une console au fin fond du Nevada…

L’histoire a oublié Günther Anders. Ou presque. Jean-Pierre Dupuy lui rend un bel hommage, La marque du sacré, Carnets Nord, 2008.

Karl Polanyi – extrait

Ce fut sous l’autorité de ces lois que la compassion fut ôtée des cœurs et qu’une détermination stoïque à renoncer à la solidarité humaine au nom du plus grand bonheur du plus grand nombre acquit la dignité d’une religion séculière.

Karl Polanyi, La grande transformation, Paris, 1983 (édition française), Gallimard, p. 159.