Couleur garance

La naissance d’un sentiment inconnu,
La honte de me savoir par lui battu,
Le trouble dans mes pensées, errance,
Je me sais autre, comme par inadvertance.

Quelques mois plus tôt, j’atterrissais,
En cette terre, je ne voyais que la paix,
De ce peuple, courageux et fier,
Je ne comprenais pas la colère.

Nés ici ou là-bas, venus de l’étranger,
Frères aînés, par milliers, vous débarquiez,
Construire le pays, voix de leurs pères,
Tout abandonner, et tout recommencer.

Nombreux y crurent, durant des années,
Fermer les yeux et ne penser qu’aux idées,
La paix ne surgit pas, elle se construit,
L’espoir comme l’eau, du fond du puits.

L’espoir était grand, il y a sept ans,
Accords et pourparlers, allons de l’avant !
Mettre un terme au passé, se réconcilier,
Croire en demain, et ensemble prier.

Mais comment vivre et croire à l’unisson,
Citoyens d’un rien que l’on nomme prison ?
Mais comment vivre et croire au chemin,
Quand l’on vous prive de tout lendemain ?

Les pierres jadis lancées furent retrouvées,
Toutes convergèrent sur le parvis de la mosquée,
A la provocation répondit la frustration,
A l’absence de futur sa négation.

De l’autre côté, tanks et barbelés,
Toute une génération de bras armés,
Sous l’uniforme rien ne les distinguait,
De ceux que leur pays combattait.

Eux aussi, destinée victime du passé,
Ne demandaient qu’à rire et chanter,
Il n’en va pas ainsi d’une Nation,
Et de ses enfants marchant vers Sion.

Face à l’étain qui vole et qui tue,
Sous la lumière qui jaillit, s’évertue
La raison de dire non, le refus
D’abreuver les foules qui huent.

Mais comment vivre et croire à l’unisson,
Citoyens d’un rien que l’on nomme prison ?
Mais comment vivre et croire au chemin,
Quand l’on vous prive de tout lendemain ?

Ah ! comme je les condamnais, ces klaxons,
Comment se réjouir de la ferraille qui frappe,
Des flammes aveugles qui achèvent les garçons,
Tout un peuple et la vengeance qui le happe ?

Quelle erreur de me croire si dense
Face aux passions couleur garance,
Prétention partagée des seuls endimanchés,
Dans le confort solide de leurs préjugés.

Quelques semaines ont suffit, pauvre con !
Et mon âme, violence de ce tourbillon,
Atteinte et blessée par les cris des enfants,
Froide et vide de l’absence de présent.

Mais comment vivre et croire à l’unisson,
Citoyens d’un rien que l’on nomme prison ?
Mais comment vivre et croire au chemin,
Quand l’on vous prive de tout lendemain ?

Je suis rentré désormais, j’ai quitté
Le territoire au drapeau damné,
Bien né j’ai pu fuir la détention,
M’en aller loin de cet Armageddon.

De ces hommes croisés au coin d’une vie,
De ces femmes en noir au bord de l’infini,
De ces ombres au cœur meurtri,
De leur amour-haine j’ai fait partie.

Mais comment vivre et croire à l’unisson,
Citoyens d’un rien que l’on nomme prison ?
Mais comment vivre et croire au chemin,
Quand l’on vous prive de tout lendemain ?

Mais comment vivre et croire à l’unisson,
Citoyens d’un rien que l’on nomme prison ?
Mais comment vivre et croire au chemin,
Quand l’on vous prive de tout lendemain ?

Auteur : Jonathan Rochat

Profane et sacré, représentations et appropriations, processus de radicalisation, écologie et monnaies durables, autant de questions auxquelles je n'ai pas de réponses. Quelques portraits et paysages les accompagnent, je crois y être sensible.

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