La souveraineté du peuple : l’instance suprême en matière de définition des choix de civilisation

« Les grands problèmes de civilisation demeurent conçus comme des problèmes privés au lieu d’émerger à la conscience politique et au débat public. » Edgard Morin et Sami Naïr.
1.    Idée-force
La souveraineté du peuple, la démocratie pouvant elle seule potentiellement créer et renforcer les libertés individuelles et les droits politiques, ne doit pas être limitée à un pouvoir d’agir sur le court-terme, que ce soit de manière directe lors de choix librement exprimés par les citoyens ou par le biais de l’élection de ceux qui les feront en leur lieu et place, mais bel et bien constituer l’instance suprême en matière de définition des choix de civilisation.

Cette démocratie de l’éthique (Albert Jacquard) impose donc ses choix au politique.

2.    Comment l’appliquer ?
La rédaction démocratique d’une charte des grandes orientations en matière de politique de civilisation  sous forme de questionnaire ouvert est aujourd’hui rendue possible à l’échelle de planète, grâce aux outils de traitement de données et de communication à disposition des humains mais aussi aux nombreux réseaux associatifs à travers le monde qui peuvent alors jouer le rôle de relais d’information.

Tel n’était peut-être pas son but, mais il faut l’admettre désormais : la technologie, et notamment le Web, fournit aussi aux hommes un moyen de prendre en main leur destin. Depuis vingt ans, Internet crée de nouveaux modes d’expression, forums, blogs, sites Web, et peu à peu tisse la trame de ce que peut préfigurer une nouvelle forme de légitimité. Les humains conversent sur le Web, discutent, échangent leurs idées, leurs positions, mais se rendent-ils compte qu’ils ont entre leurs mains, à quelques centimètres de leurs doigts, les touches d’un clavier qui peut fédérer au lieu de disséminer ? Le Web enfante, du moins peut devenir parent, d’un mode d’expression dont la légitimité s’avère incontestable : celle du peuple, des humains réunis en une dynamique symbiotique.

Allons, faisons preuve d’un peu d’imagination ! Il existe aujourd’hui autant de chartes de civilisation que de peuples sur la terre. Un homme, un groupe, une élite, des penseurs, des intellectuels, des textes censés mais dépourvus de toute légitimité. Quelle société voulions-nous ? ne cessent-il de nous demander. Ce qui nous pose problème : ils pensent à notre place, aussi intelligentes et rationnelles fussent leurs propositions. La question suivante s’impose donc : est-il désormais possible d’écrire un texte de grandes orientations – ce que nous voulons que l’humanité devienne sur terre – non pas rédigé par une seule main, ou quelques dizaines triées sur le volet par une instance quelconque, mais des centaines, des milliers puis des millions ?

EST-CE POSSIBLE ?

OUI.

Il suffit, et je sais à quel point ce verbe est trompeur, de poser les bonnes questions et de donner la possibilité à l’humanité de répondre. Une question, quatre, cinq, six ou sept réponses possibles. Je le répète : poser les bonnes questions, sans que les réponses soient induites ou biaisées, sera sans doute le plus grand défi. Mais cela ne vaudrait-il pas la peine ?

Imaginons : le site est en ligne, le premier visiteur fait son apparition. Il s’inscrit, valide son identité, répond en toute intimité aux questions posées, comme l’on vote derrière un rideau, à l’abri de tous, et écrit sa vision de ce vers quoi l’humanité doit se diriger. SA charte. Et voici qu’arrive le second ! Il opte pour des réponses différentes, quoi de plus normal, sa trajectoire est autre, son présent différent, ses préoccupations particulières. Résultat : le texte final s’en voit modifié d’autant. Rien de compliqué ! Un outil statistique performant et de quoi contrôler l’identité de ceux qui se transforment au fil des questions en des rédacteurs d’un texte. Non pas seulement des citoyens face à la loi, à la constitution, des citoyens qui élisent des représentants qui, et on le voit mieux que jamais à la suite du fiasco de Copenhague, sont incapables de prendre des décisions désintéressées des enjeux nationaux (seraient-ils les derniers sur cette terre à penser en termes nationaux ?), mais des citoyens responsables, qui prennent en main leur destin et qui, parce que conscients qu’ils ont la possibilité désormais de constituer une couche de légitimité que nulle institution ne pourra contester, deviennent l’un après l’autre, l’un avec l’autre, des rédacteurs à part entière.
Puis viendra la dixième personne, qui remaniera à son tour le contenu de ce texte sans égal. Sera-t-il un adepte du toujours-plus-tout-de-suite et en faveur des armes nucléaires ? Soit, c’est un homme, ou une femme, et son droit le plus élémentaire : exprimer sa vision et que cette dernière soit strictement respectée.

Résultat d’un travail sans relâche de la société civile depuis des dizaines d’années : dans les pays où l’accès à Internet est limité, des associations locales joueront le rôle d’intermédiaire, de manière scrupuleuse et contrôlée. Qui mieux qu’elles pourraient le faire ?

Suis-je en train de délirer ou de simplement prendre acte que pour la première fois, les humains ont la possibilité de s’exprimer clairement sur des choix de société. Des choix essentiels.

J’aime à croire que nous ne laisserons pas passer cette opportunité. Demain, serons-nous cent rédacteurs, mille, cent mille, et plus encore ? Si oui, quel dirigeant pourra alors faire fi de ce mouvement démocratique sans précédent ? Nulle déclaration, nulle constitution ne pourra revendiquer pareille légitimité.

La responsabilité de rédiger collectivement et démocratiquement cette charte mondiale de civilisation incombe à tous les citoyens et ne peut se reposer sur les politiques. Elle est le fruit de la responsabilisation collective quant à l’unicité apparente de la vie humaine, en tant qu’accession à la conscience de l’être, et mise en pratique désormais envisageable de l’adage de Gandhi : les peuples doivent se nourrir de la conviction qu’ils ont la possibilité de contrôler l’exercice de l’autorité et de la tenir en respect. Plus le nombre de coauteurs sera grand à travers le monde, plus la légitimité de ce document sera incontestable ; la démocratie directe ne souffre d’aucun biais.

Son objectif sera atteint et la démocratie de l’éthique en passe de devenir vivante quand chaque décision politique annoncée pour optimiser l’avenir immédiat sera pesée par une autorité légitime à même d’en vérifier la pertinence et l’adéquation avec les grandes orientations en matière de politique de civilisation telles que mondialement rédigées, soutenues et défendues. Ses instances en devenir agiront au niveau local, régional, national et supranational.

Tout un programme… à notre portée.

Auteur : Jonathan Rochat

Profane et sacré, représentations et appropriations, processus de radicalisation, écologie et monnaies durables, autant de questions auxquelles je n'ai pas de réponses. Quelques portraits et paysages les accompagnent, je crois y être sensible.

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