Suisse malgré elle…

Fustigée. Critiquée. Montrée du doigt. L’exemple à ne pas suivre. Honteuse. Belliqueuse. Compromise, comme elle le fut voici soixante ans, alors que l’or juif remplissait allégrement les coffres de celles qui furent récemment renflouées par l’Etat, bien que la compromission revête désormais un visage radicalement différent. Il n’est plus question de silence, d’accord tacite, de mieux vaudrait pas, mais d’une expression sans concession : celle du peuple.
Le peuple suisse a dit oui. Oui à la négation. De la tolérance, du respect, du droit pour les musulmans de prier dans un lieu qui leur ressemble et quitter enfin les sous-sols pour voir signifier leur foi dans ce que certains ont assimilé à des missiles. Le peuple a été floué. Peut-être. Peut-être pas. Tel n’est pas mon propos ce soir.
Lequel alors ? Fustigée, critiquée, montrée du doigt, l’exemple à ne pas suivre, honteuse. Telles furent les premières observations des politiques sur l’ensemble du territoire européen. Quant aux autres, notamment ceux du monde musulman, remarquons tant la juste fermeté que la mesure de leur propos. Mais qu’ont-ils dit, nos dirigeants à nous ? Vous le savez tout autant que moi, et la Suisse, comprenez ses représentants, tente aujourd’hui par mille moyens improbables de réparer, de contextualiser, de relativiser, d’expliquer, de se faire pardonner.
Demain, ceux qui fustigent, critiquent, vocifèrent et montrent du doigt pèseront leurs mots, modèreront leur jugement, bref, suivront cette foutue opinion. La Suisse bouc émissaire, pensez ! quelques jours encore, quelques semaines, et toutes et tous seront contraints d’aborder d’une manière ou d’une autre le problème que les citoyens Suisses durent affronter dans l’isoloir. Pour une raison simple, et il semblerait sain de l’admettre : Hutington n’a sans doute pas raison, mais putain ce que ses mots sont prégnants. Ils y croient, non pas seulement les Suisses, mais également les Français, les Allemands, les Anglais, les Belges, les Ce-que-vous-voulez, à ce maudit choc des civilisations ! L’islam est nocif ! Expansionniste ! Aux oubliettes cette laïcité dont nous ne cessons de nous réclamer : nos fêtes sont chrétiennes, nos repères le sont, la croix est omniprésente, le Père Noël viendra dans sa 2CV décorer ces arbres que nous ne savons que couper et jeter, mêmes les vaches sont chrétiennes, bruyantes et fières comme les clochers arrogants des villages alpins.
Ici, on ne dit pas ; on vote.
Suisse malgré elle.
Peut-on décemment reprocher à la Suisse sa démocratie directe ? Que dire alors du vote représentatif, qui a pour but ultime de mettre au pouvoir des femmes et des hommes qui se voient contraints de centrer leurs programmes  sur l’incongruité du court-terme, exigée par les impératifs de l’élection, alors que le monde n’a besoin que d’une chose : son strict opposé, le long-terme, l’impératif de donner sens à notre commune existence. Le peuple serait-il plus à même de voter « intelligemment » lorsque des représentants doivent être élus que lorsque l’opportunité lui est donnée de s’exprimer directement sur la légalité de l’exportation d’armes, sur la réforme de l’assurance invalidité ou encore, au niveau local, sur l’adéquation d’un plan d’urbanisme proposé par une municipalité ? Faux débat.
Pourtant, la démocratie directe se voit aujourd’hui confrontée à une limite qu’elle n’avait elle-même pas imaginée : le cynisme. De ceux qui simplifient à outrance, stigmatisent au lieu de rassembler, le tout dans un but inavoué : diffuser leur crainte et leur haine de l’étranger par une subtile manipulation de la population. UDF, UDC, les livres d’Histoires sauront vous citer.
Suisse prisonnière. Suisse qui deviendra modèle. Pour le pire. Vous autres politiques Européens (ceux qui resteront fidèles à eux-mêmes se reconnaîtront) qui vous êtes érigés en défenseurs des droits fondamentaux, de valeurs telles que le respect, l’accueil, la multi culturalité, demain, puisque vous êtes au pouvoir, vous vous alignerez. Vous vous réunirez, constaterez que les sondages sont contre vous, que les Suisses ne sont pas les seuls moutons noirs et, triste vérité, qu’une majorité des Européens considère que les mosquées n’ont pas à être érigées en terre d’Europe, fussent-elles muettes, et alors, aurez-vous vraiment le choix ? De dire non ? Je vous le souhaite. Toutefois, je vous imagine plutôt plier face à cette opinion fabriquée qui n’a pour consistance que votre prétention à diriger ceux que vous entendez représenter.
Vous aurez tort. Bien sûr. Comme les Suisse se sont laissés berner. Vous seuls toutefois en serez responsables. A vous d’assumer ! Puisque vous remettez en question un volet de la démocratie , celle que l’on dit semi-directe, alors par ailleurs que vous la prêchez au monde, cette démocratie, fût-ce à l’aide du sifflement des balles. Votre refus insensé de comprendre que le monde a changé, que le Métissage est, qu’il sera et que lui seul nous évitera les conflits que nous avions pourtant jurés de ne jamais répétés.
Court-terme… de votre pensée. Long-terme… de la conflictualité.

Auteur : Jonathan Rochat

Profane et sacré, représentations et appropriations, processus de radicalisation, écologie et monnaies durables, autant de questions auxquelles je n'ai pas de réponses. Quelques portraits et paysages les accompagnent, je crois y être sensible.

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